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Front intérieur
Pendant les guerres du XXe siècle, la vie canadienne a été étroitement axée sur l’industrie et l’effort de guerre qu’exigeait le soutien des armées au front, à l’étranger. L’effort de guerre au pays est ainsi devenu le « front intérieur ». Pendant la Première Guerre mondiale, l’emploi dans l’industrie de guerre s’est accru à mesure qu’augmentait la production du matériel de guerre destiné aux troupes des trois armées. La production agricole demeurait vitale, puisqu’une bonne partie en était destinée à l’Europe. L’arrivée des femmes dans les usines à cause de la guerre était une révolution sociale. À la fin de 1914, personne n’envisageait d’employer des femmes dans le secteur manufacturier; un an plus tard, des dizaines de milliers de femmes travaillaient dans tous les domaines d’activité, particulièrement dans des fabriques de munitions.
Les Canadiennes ont joué un rôle encore plus important dans l’effort de guerre pendant la Seconde Guerre mondiale. Des centaines de milliers de femmes ont occupé des « emplois masculins » dans des industries de guerre et dans bien d’autres secteurs professionnels au pays. Celles qui restaient au foyer étaient invitées à ménager et à récupérer toutes sortes de produits de base comme les métaux, les chiffons, le papier, les os, le caoutchouc et le verre, qui devaient être recyclés en approvisionnements de guerre, sous la coordination du Bureau national de la récupération. De nombreux articles ont carrément disparu de la circulation; ce fut le cas, notamment, des bas de soie pour femmes. En 1942, le rationnement a commencé; chaque ménage devait avoir un carnet de coupons de rationnement qui limitait la consommation de thé, de café, de sucre et de beurre, puis de viande et de conserves à partir de 1943; beaucoup d’aliments en conserve ont pratiquement disparu des étagères. Par comparaison à la Grande-Bretagne ou à l’Europe occupée, le rationnement au Canada paraissait toutefois très généreux.
La campagne des « obligations de la Victoire » lancée pour financer la guerre a été un autre aspect du front intérieur. Les annonces de l’État ou du secteur privé diffusées dans la presse, à la radio et dans les salles de cinéma du pays étaient presque toutes consacrées à l’effort de guerre qu’on attendait des Canadiens. Les bandes dessinées ont même montré « Johnny Canuck » aux prises avec Hitler. De son côté, l’Office national du film a produit un grand nombre de documentaires de propagande et d’actualités filmées qui étaient projetés avant les longs métrages, dans les salles de cinéma. Partout, la publicité insistait sur l’importance de s’enrôler et de se méfier des espions.
À Vancouver et à Victoria, la population se préparait également à d’éventuels bombardements que les Japonais auraient pu lancer à partir de porte-avions, s’ils avaient remporté la bataille de Midway. Des groupes de défense passive ont été formés dans les quartiers en prévision d’un tel événement, leurs membres portant un casque et un brassard, comme en Grande-Bretagne; en 1942, de nombreux citoyens de ces villes portaient un masque à gaz. Les villes des deux côtes du Canada imposaient un blackout la nuit à cause de la présence de sous-marins ennemis. Cela faisait partie de la vie des Canadiens sur le front intérieur pendant la Seconde Guerre mondiale.
Voir aussi : Industrie et commerce de guerre, Femmes.
Fusée, roquette
Il semble que les premières fusées aient été inventées dans la Chine ancienne et aient servi comme pièces pyrotechniques. Au début du Canada, on se servit de fusées comme signaux – notamment entre les navires et le rivage – ainsi que lors de célébrations. En Nouvelle-France et au début du Canada britannique, les artilleurs avaient pour tâche de mettre en place et de lancer les fusées, surtout pour les feux d’artifices. À cette époque, les fusées n’étaient pas utilisées comme armes militaires. Cela changea avec l’invention, au début du XIXe siècle, par un officier de la British Royal Artillery du nom de William Congreve, d’une sorte de fusée munie d’une tête explosive que l’on pouvait lancer contre l’ennemi. Il s’agissait d’une arme fort instable au point de vue de sa portée et de sa précision. Néanmoins, des expériences relatives à cette nouvelle arme, au sein de l’armée de Wellington en Espagne, parurent prometteuses et des unités lance-fusées furent créées dans l’armée et dans la marine.
L’arrivée à Halifax d’un détachement lance-fusées de la Royal Marine Artillery semble avoir été la première unité de ce genre au Canada, et celle-ci prit part aux attaques menées contre Washington et Baltimore en 1814. Les mots « the rocket’s red glare » (l’éclat rouge des fusées) que comporte l’hymne national américain réfèrent aux fusées Congreve lancées contre le fort McHenry à Baltimore en septembre 1814, à partir du HMS Erebus, un navire lance-fusées spécialement adapté. Après les Guerres napoléoniennes, les détachements lance-fusées furent dissous et leurs fonctions amalgamées à celles des unités d’artillerie.
Quelques fusées Congreve furent lancées contre les patriotes à Saint-Eustache en décembre 1837 – la seule fois, semble-t-il, que l’on s’en servit dans le cadre d’un engagement au pays – mais leur vol fut plus irrégulier que précis, et les canonniers recoururent à leurs canons plus fiables pour bombarder l’église. L’intérêt suscité par la technique des fusées militaires s’estompa jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale, quand les armées allemande, russe, britannique et américaine déployèrent des batteries de fusées sur les champs de bataille. En 1944, des officiers d’artillerie canadiens mirent au point un lanceur à deux roues polyvalent, capable de tirer environ 32 fusées. Une batterie de fusées organisée au sein de l’ARC entra en action à l’automne de 1944, et appuya chaque attaque importante de l’Armée canadienne en Belgique et en Hollande jusqu’à la reddition des Allemands, au début de mai 1945.
L’apparition des fusées V1 et V2 allemandes à longue portée, en 1944-1945, a, depuis lors, pavé la voie d’une révolution technique qui a mené aux missiles antibalistiques et à l’exploration de l’espace. Depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les Forces canadiennes ont exploité un certain nombre de systèmes de fusées (ou de roquettes), depuis des armes de soutien sur les champs de bataille jusqu’aux missiles longue portée.
Fusil Lee-Enfield
Fusil militaire standard des soldats canadiens entre 1915 et le début des années 1960. Cette arme, de calibre .303, se présentait en plusieurs versions. Des dizaines de milliers de ces fusils furent fabriquées au Canada à l’arsenal de Long Branch.
Fusil Ross
Le fusil Ross était une arme à verrou, de calibre .303, mise au point par Sir Charles Ross. On l’adopta comme fusil militaire canadien standard en 1902 et cette arme fut le premier fusil militaire à être fabriqué au Canada, à Québec, à partir de 1903. Les unités commencèrent à le recevoir en 1905. Il s’agissait d’une arme d’une grande précision et, en 1914-1915, c’est elle qu’emportèrent les soldats canadiens en partance pour l’Europe. En campagne, on découvrit que ce fusil ne convenait pas dans les tranchées, car il s’enrayait souvent, et il fut remplacé par le fusil Lee-Enfield britannique dans le CEC au cours de 1915-1916. L’arme fut plus tard utilisée pour l’entraînement ainsi que par les tireurs d’élite durant la Deuxième Guerre mondiale, car il s’agissait encore d’une excellente carabine de cible, surtout avec la cartouche de calibre .280 que Ross avait mise au point en 1912. L’arme fut également largement employée dans la Deuxième Guerre mondiale par la Garde territoriale des anciens combattants, qui exerça des fonctions de garde dans les camps de prisonniers de guerre aménagés au pays.