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Livrée
La livrée était l’ancêtre des uniformes militaires et était portée au Moyen-Âge par les hommes qui étaient au service d’un noble, d’un roi, d’une ville ou d’une province afin de pouvoir les identifier. La livrée était faite d’un vêtement confectionné de couleurs similaires auquel on ajoutait parfois des armoiries et des chiffres (monogrammes) associant ainsi le porteur à son service. Les soldats, surtout dans les unités de garde, les musiciens de même que les marins, portaient surtout des livrées. La plus ancienne livrée portée au Canada apparut en 1542. Au XVIIe siècle, quand les uniformes militaires se répandirent, les couleurs des livrées servirent à déterminer celles des uniformes nationaux. C’est ainsi que les troupes françaises portèrent habituellement un uniforme gris-blanc rehaussé de bleu et/ou de rouge, c.-à-d. les trois couleurs de leur livrée royale, et que les Britanniques portaient une tunique rouge, rehaussée de bleu pour les régimes « royaux » et de diverses couleurs pour d’autres; cette tenue demeure la livrée royale qui est utilisée de nos jours au Canada depuis 1760.
Voir aussi : uniforme.
Loi du Service Militaire
Adoptée à la Chambre des communes le 24 juillet 1917 après un débat passionné et farouche entre députés anglophones et députés francophones, la Loi du Service Militaire imposait la conscription des hommes pour la guerre en Europe. Cela a fait de nombreux mécontents, et des émeutes ont éclaté à Montréal et à Winnipeg. La majorité des Canadiens français s’opposaient à l’idée d’envoyer des conscrits outre-mer; ils étaient cependant loin d’être les seuls à penser ainsi : des grèves ont été déclenchées en Colombie-Britannique.
Les pires événements sont survenus à Québec, où des émeutes ont éclaté à la fin de mars 1918. Après cinq jours d’agitation, des troupes sont venues rétablir l’ordre le 1er avril 1918, un lundi de Pâques. Ce soir-là, l’électricité ayant été coupée par les émeutiers dans la basse-ville, les troupes ont tiré au fusil et à la mitrailleuse sur une foule hurlante, faisant 4 victimes et plus de 70 blessés, selon les chiffres officiels (et toujours contestés). L’amertume des Canadiens français était à son comble; elle allait alimenter une vive opposition à la conscription pendant la Seconde Guerre mondiale.
Pendant la Première Guerre mondiale, les Canadiens français ont été taxés d’antipatriotisme par des Canadiens anglais parlant haut et fort et plutôt racistes; cela n’a pas favorisé l’effort de guerre du pays. Les Canadiens anglais auraient peut-être fait preuve de plus de réserve s’ils avaient eu connaissance de certaines statistiques établies après la guerre : des 124 965 hommes appelés en Ontario, 116 092 ont demandé à être réformés, ce qui équivalait à 3 000 demandes de réforme de plus qu’au Québec, où 115 602 hommes ont été appelés. Au total, près de 93 p. 100 des Canadiens appelés ont demandé à être réformés. Environ 100 000 conscrits ont néanmoins été intégrés à l’armée; quelque 45 000 d’entre eux ont été envoyés en Europe, et 25 000 ont atteint le front, ce qui représentait seulement 5 p. 100 de l’effectif du Corps expéditionnaire canadien en 1918. Comme on aurait pu s’y attendre, les conscrits étaient mal acceptés des 95 p. 100 restants, tous volontaires. Ainsi, outre son coût politique et les tensions qu’elle a suscitées entre le Canada français et le Canada anglais, la Loi du Service Militaire n’a pas procuré d’avantages militaires manifestes. Apparemment, le gouvernement n’en a pas tiré beaucoup d’enseignements, puisqu’il allait semer la discorde en imposant les mêmes mesures pendant la Seconde Guerre mondiale.
Des statistiques officielles incomplètes sur le service de guerre ont continué d’alimenter l’aigreur des deux communautés linguistiques du Canada, et ce n’est qu’après que des études détaillées eurent été faites dans les années 1960 et 1970 qu’on a disposé d’une image nuancée de l’enrôlement des Canadiens pendant la Première Guerre mondiale : des volontaires canadiens français qui ne comprenaient souvent pas l’anglais avaient été éparpillés dans divers bataillons, alors que les chiffres d’enrôlement de Canadiens anglais avaient été grossis par des volontaires nés en Grande-Bretagne ou de parents britanniques. Heureusement, les questions d’enrôlement importaient peu aux membres du Corps canadien au front, quelle que soit leur origine. Ils ont combattu dans les tranchées, ils ont été mutilés, ils ont connu des horreurs indicibles et ils sont morts en frères d’armes. Dans sa grande sagesse, le pays les honore tous, conscrits ou volontaires, comme ses fils.
Voir aussi : Conscription, Loi sur la mobilisation des ressources nationales.
Loi sur la mobilisation des ressources nationales (LMRN)
Les Canadiens n’ont jamais connu le service militaire obligatoire en temps de paix. À partir de septembre 1939, la population canadienne fut profondément divisée par la question de la conscription militaire pour le service outre-mer. En 1940, la Loi sur la mobilisation des ressources nationales (LMRN) autorisa la conscription, mais uniquement pour le service en Amérique du Nord. Le gouvernement avait promis qu’il n’y aurait pas de conscription pour le service outre-mer mais, confronté aux fortes pressions qu’exerçaient les prévisions des militaires concernant une pénurie d’hommes, il décida en 1942 de tenir un référendum sur le sujet afin de pouvoir se dégager de sa promesse.
La conscription outre-mer fut admise comme un mal nécessaire par la majeure partie de la population du Canada anglais, mais la plupart de la population du Canada français y était opposée. La question se transforma en une crise politique féroce. De nombreux dirigeants canadiens français soutinrent qu’il s’agissait d’un stratagème pour assimiler les francophones et s’en servir comme chair à canon. Il faut dire qu’à cette époque les services militaires du Canada ne fonctionnaient qu’en anglais, se conformaient aux traditions britanniques et étaient essentiellement une chasse-gardée anglo-canadienne. Même si l’armée fit des efforts pour se doter de quelques régiments francophones et que l’Aviation créa bel et bien un escadron francophone durant la guerre, de telles politiques dans les services, comme l’indique l’historien Jean-Yves Gravel, eurent pour résultat que, sans une égalité fondamentale, le pays ne pouvait pas s’attendre à un sacrifice égal. Pourtant, malgré l’attitude négative qui régnait dans les forces armées du Canada à l’endroit des francophones, un militaire sur cinq fut canadien-français durant la Deuxième Guerre mondiale. Certains autres préférèrent se porter volontaires dans les services britanniques ou américains.
La conscription outre-mer obligatoire fut finalement promulguée en décembre 1944. Il y eut environ 63 000 conscrits en vertu de la LMRN, tant anglophones que francophones, dédaigneusement surnommés « zombies » par les volontaires et maintenant susceptibles d’être envoyés outre-mer. Il y eut ensuite des protestations dans les bases militaires du pays tout entier, des milliers d’éventuels conscrits disparurent dans la nature et les quelques milliers que l’on envoya en Europe n’étaient pas des candidats prometteurs face à l’Armée allemande rompue au combat. La résolution du pays fut donc secouée par la LMRN, mais on ne retira pas grand-chose de cette crise; les services continuèrent d’être massivement formés de plus d’un million de volontaires, sur une population totale de onze millions de Canadiens, jusqu’à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, en août 1945.