La vie quotidienne en Nouvelle-France

Les officiers

La justice

Les officiers ne sont pas exempts des rigueurs de la justice. Ils doivent, s'il y a lieu, paraître en cour martiale ou civile et devant le Conseil supérieur où on leur permet cependant le port de l'épée, symbole de leur statut social. En principe, les gentilshommes ne sont pas soumis à « la Question ».

Le duel est interdit et on applique rigoureusement la loi quand il y a mort d'homme. En 1715, le chevalier d'Argenteuil est condamné à avoir « la tête tranchée » 119 pour avoir tué un autre officier. Scandale à Québec en 1748 : le lieutenant Pierre Le Gardeur de Repentigny tue un bourgeois en duel. Il prend la fuite après avoir indemnisé la veuve, qui lui pardonne son crime. Il est condamné à mort par contumace, mais ses amis en appellent au roi qui lui fait grâce. Il est cependant transféré à l'île Royale et finit sa carrière en Inde.

Une affaire de mœurs peut ruiner la carrière d'un officier si elle est d'une certaine gravité car elle encourt la disgrâce et le bannissement. Le major La Freydière, du régiment de Carignan-Salières, reçoit cette peine en 1667 pour avoir tenté de séduire une femme en imposant une corvée et un châtiment à son mari. Frontenac renvoie en France plusieurs officiers « impossibles » 120, dont le sieur Bouchermin, qui a tenté d'empoisonner son épouse.

Les délits militaires jugés par le Conseil de guerre sont sujets à révision par le ministre et même par le roi. N'ayant pas trouvé les autorités locales suffisamment sévères envers le détachement du lieutenant Linctot, qui a laissé échapper deux condamnés, Versailles condamne cet officier à être incarcéré trois mois, en 1742. La désobéissance aux ordres expose l'officier qui s'en rend coupable à être cassé de son grade et même à subir la peine capitale si des conséquences graves s'ensuivent. De même, la fuite devant l'ennemi, la désertion et la sédition sont punissables de mort.